Fume ta moquette

C'est si doux qu'on se roulerait dedans ; lançez donc le nouveau happening des sens... chez Caravane par exemple où des métrages de tissu n'attendent que vous (c'est mieux dévêtu et ça fait écho à la délicieuse performeuse Deborah de Robertis et ses impudeurs muséales). Rien à voir donc avec le tissu de nos grand-mères... mais si, rappelez-vous, le terrifiant velours à poil ras et dru qui pique les fesses quand on s'assoit dessus. Je vous vois venir... il est vrai que tout cela sent l'érotisme de bas-étage du Second Empire qui a beaucoup abusé de la matière en question, notamment dans les bordels, non pas pour recouvrir la nudité des demoiselles pensionnaires, mais pour y recevoir le cul de ces messieurs, ainsi que dans les grands salons bourgeois (où l'on y rencontrait les mêmes arrière-trains masculins). 
L'évocation des seuls noms des fauteuils laisse pantois (genre, Maupassant vous invite à une excursion chez la Maison Tellier) : confidents, indiscrets, boudeuses... ça sent la cocotte et le mauvais goût ostentatoire des parvenus de l'Histoire. Et vas-y que je te mette du capitonnage, du gland et des jupes de franges, ça froufroute et ça dégouline de partout ! Au secours, à moi Mallet-Stevens, Walter Gropius et les puritains du Bauhaus !
Heureusement, aujourd'hui, le velours même s'il lorgne côté teinte vers ses ancêtres, s'atténue de couleurs d'eau et poudrées et se veut plus matière que décor. Ça se palpe, ça se caresse d'une main comme on repasse un épiderme délicat. 
On le travaille à l'italienne, comme le Dimore Studio  qui nous a habitué à d'inédites et vibrantes associations colorées et pour ceux qui ne rechignent pas à un peu de volupté, le fauteuil Gubi Beetle vous tend ses courbes (parce que la structure prussienne de Weimar, c'est bien gentil et esthétique, mais un peu de confort ne nuit pas). Il est de tous les spots de déco du jour, mordoré, bleu nuit, vert profond, rose. La nouvelle starlette des intérieurs du moment affiche ses rondeurs.
 
Griotte sur le gâteau, venue également du fond des temps de la ringardise, mais cette fois-ci seulement du XX ème siècle, la moquette fait son come back... 
Cette résurgence du passé mèmère vous horripile ? Faudra vous y faire ; à force de nostalgie, on ressort des cartons (voire des poubelles) ce qu'on a honni une génération durant. C'est dur pour ceux qui ont souffert des sous-pulls à col roulé qui grattent et des chansons de Dalida à la radio, croyez-bien que je le comprends.
Mais dites-vous que vous pourrez vous vautrer sur le sol sans dommage, dans l'exercice de n'importe quelle fonction de l'organisme et ce sans craindre le bleu ou le froid. 
 
Il est trop tard pour envisager l'exil ou le suicide ; l'omniprésent Dimore Studio et sa moquette Palmador dessinée pour Pierre Frey a totalement envahi la sphère du must have déco (cf le restaurant La Forêt Noire, avec moquette ET fauteuil velours Gubi) et n'oublions pas la ré-édition de moquette de Madeleine Castaing avec feuille de bananier, qui se font pâmer les esthètes.
Va falloir s'adapter, comme toujours. Je n'ose faire d'analyse sociologique de ce besoin du mou et du doux.
Après le gluten, les acariens auront ma peau.

Il n'a échappé à personne que le velours avait fait son grand retour, il y a de cela déjà quelques temps, je vous l'accorde. En douceur et profondeur pourrait nous chanter le bouillant Arno, en évoquant les filles du bord de mer... Pénétrons-nous des paroles hygiénistes et iodées du sieur Adamo reprises par le braillard poétique d'Ostende, c'est bon pour la santé surtout après une orgie de galettes ( si seulement...).

22 Jan 2017
Air du temps
09:47