Au pays du vaste ciel

Big Jim, le cyclope mélancolique, l'ours romantique mal léché, l'homme des bois mystique, le fin gourmet, l'érudit solitaire amateur d'haïkus et de poésie russe, n’est plus. Vivent Chien Brun, Dalva, Nordstrom, Sunderson !
 
Quand vous (re)lirez Dostoïevski, Apollinaire ou Rimbaud, au mitan de quelques agapes culinaires ou oenologiques, qui sait, en matant quelques jolis culs féminins, ayez une pensée pour le grand homme, grand poète, grand écrivain, grand jouisseur.
Si l’envie vous prend d’entamer une ode sensuelle à la nature, de chanter la virile fragilité des hommes qui y trouvent refuge, ou de vous montrer féroce à l’égard de l'Amérique cupide, prédatrice et destructrice de la vie sauvage et des cultures indiennes originelles, ne vous gênez pas. Joignez votre voix à celle de ce chantre de la liberté sans concession, hululez à la lune, hurlez aux loups et faites venir à vous l’âme De Jack London, Elmore Léonard ou Walt Whitman, 
Qui nous poussera désormais aux échappées dans les marges ? Qui nous apprendra à croire qu’au-delà de nos errements une renaissance est toujours possible ? Qui nous accompagnera lorsque, meurtris et fourbus, nous poserons le poids de nos héritages et de nos folies ? 
 
Les auteurs de grandes sagas parfois sombrent dans l’oubli ; leurs récits hantés, épiques ou intimistes, heureusement ne s’éteignent pas, feux follets de nos espoirs, gardiens de nos passions.
Celui dont le nom indien secret signifiait « Quelqu’un qui va dans le noir pendant un long chemin et dont on espère qu’il reviendra » disait d'un air goguenard : « S'ils savaient qu'il n'y a pas de vérité, il n'y a que des histoires.»
 

Crédit photo : Guy Le Querrec 

l'écrivain jim harrison est mort il y a une poignée de jours. nous ne pourrons plus grimper sur ses larges épaules et partir vagabonder avec ce colosse aux pieds d’argile dans les plaines du wisconsin, les denses forêts du michigan ou les impitoyables montagnes du montana.

31 Mar 2016
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