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Au cannage moderne

On le sait, depuis déjà de nombreuses saisons (oui, maintenant il y a des saisons en déco, comme en mode, c'est pratique pour faire vendre), le nouveau moderne, c'est l'ancien. 
On a fait plus inventif dans l'oxymore (et la redondance), je vous l'accorde. On fait aussi plus créatif dans le design. 

Nostalgie, regret d'un temps passé (et de son art de vivre) aux valeurs plus fondamentales ? Nous nous tournons irrémédiablement vers cet hier-refuge où les pratiques, les matériaux, les gestuelles liées au savoir-faire rejoignent dans notre esprit le bon-vivre. 
Encore faudrait-il que ce vintage bon ton ne nous coupe pas d'une modernité créative et rafraîchissante, qui nous pousse à aller de l'avant. Je ne sais pas vous, mais personnellement évoluer dans le décor de mes grand-parents (ou plus loin encore) pourrait me fiche parfois un bon coup de bourdon. Ca sent le thym, le propre, la lavande, et le verbe d'antan, ce qui est bien sympathique, mais ça va finir par sentir le sapin.

Les créations de Breuer, Marcel de son petit nom (ça vous pose déjà l'époque ; comment, ces prénoms désuets reviennent aussi à la mode ? Ah, complainte des feuilles mortes, en ce temps-là, la vie était plus belle et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui...) ont en leur temps jeté un sacré pavé dans la mare. Songez donc ! Des assises en tubes d'acier (du guidon de vélo, pardon, de bicyclette, c'est plus raccord avec l'avant-guerre), autre chose que 4 pieds posés au sol ! Une innovation qui par sa pertinence deviendra un classique. Nous sommes en 1928.

Avec son modèle CESCA B32, le designer hongrois exilé à Berlin s'accorde l'audace de mixer tube d'acier, hêtre massif et cannage (on y vient). 
Ce dernier, qui en France fleure bon sa Régence et son Louis XV, se voit revivifié au contact de l'association bois/métal.

Edité par Thonet, puis Gavina et enfin Knoll, ce bijou d'esthétique et de design fera se balancer avec nonchalance de nombreux postérieurs (oui, le piètement d'acier est relativement flexible, créant un confort d'assise inégalable).
Aujourd'hui, il n'a pas pris une ride, et après une légère éclipse et beaucoup de copies de masse, il revient ! Tel un amour de jeunesse jamais supplanté, il reprend la place qui lui est due (allez donc vous sustenter au restaurant Heimat, évoqué ici, cela suffira à vous convaincre du bien-fondé de mes assertions, sans accoudoirs pour moi svp, et la sauce à part). 

La question reste ouverte : qui sont les nouveaux Breuer ? Où se cache (se niche) la création contemporaine ? Deux questions pour le prix d'une, ne mégotons pas. Vos propositions sont les bienvenues.

un petit tour au restaurant sous verrière la table du bon marché ou une balade à la maison champs elysées de margiela vous ont déjà convaincu du bien-fondé graphique et sensitif du cannage re-visité. quelques images grappillées chez dimore studio viendront à bout de toutes réticences. un oeil jeté à la récente création thonet, le fauteuil lehnsthul de nigel coates, mis en valeur chez conran, finira d'emporter vos suffrages. 
il vous faut de la canne de rotin, du cannage main, de préférence sur un siège, et pas n'importe lequel.

28 Oct 2015
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