Snobisme de saison

J'suis snob, ça demande des mois de turbin, c'est une vie de galérien...
 
Vous l'avez bien détecté, vous qui avez tout d'abord soupiré d'aise aux promotions "plantes en pots" d'Ikea (4,95 euros l'orchidée, deux pour le prix d'une ) avant de passer votre chemin devant tant d'uniformité et de retard dans la tendance verte. Avec dépit vous iriez presque jusqu'à acheter à la petite vendeuse ( tchétchène ? serbo-croate ? bulgare ?) les 3 tiges de jonquilles qui annoncent le printemps avant de vous raviser fissa, ayant vu des brigades entières ratisser les sous-bois (non, je ne traîne pas au petit matin au bois de Boulogne, pour ceux qui se feraient des idées) et déterrer les plantations des rond-points de province.
 
J'suis snob, encore plus snob que tout à l'heure...
 
On est loin de la "haute-horticulture" qui s'expose dans AD Magazine et Kinfolk. Je ne vous parle même pas du retour du terrarium. Si, on en parle ? Les trois bouts de végétaux qui s'asphyxient dans un bocal à poisson ? On appelle ça une "touche green". Car la tendance ne s'empare pas seulement du matériau, elle se pare aussi du vocabulaire ad-hoc, totalement ébouriffant... Ah, les dieux du marketing et de la vente réunis, ou comment toujours vous faire prendre des vessies pour des lanternes, vous les pigeons, pardon, nous les snobs du lobe occipital droit qui nous extasions sur la coolitude de n'importe quel bricole détournée-remise au goût du jour, pardon ré-inventée, DIY ! Pendant que des petits malins, à défaut d'avoir la main verte,  font dans la  touche gold au Panama.
 
J´suis snob... J´suis snob... J´m´appelle Patrick, mais on dit Bob... 
 
Désormais, vous n'irez plus chez le fleuriste acheter un bouquet, mais chez un styliste floral, officiant dans un atelier-boutique, qui créera pour vous une composition champêtre ou un éco-système autonome et sexy. Et la facture inspirée qui va avec.
 
En attendant, qu'héberger dans son home sweet home : une branche de magnolia ou un ficus Lyrata ? Des jardinière suspendues en corde, tressées avec patience et un CAP macramé ? Un papier peint jungle sur les murs, que vous finirez par arracher avec les ongles, pour cause d'overdose de déco tropicale?
Car c'est là que le bât de la tendance remâchée et mâchouillée blesse ;  ça lasse, ça casse et vous foulez vite au pied ce que vous avez porté aux nues la veille. 
 
J'suis snob... foutrement snob, tous mes amis le sont, on est snob et c'est bon !
 
Optons donc pour un petit mimosa, c'est aussi désuet et charmant que les Arsène, Marcel, René (Edmond, bientôt ?) qui éclosent à nouveau dans les cours d'école. Donc au top.
C'est doux, c'est frais, mais c'est une fleur fragile, comme l'écrivait Marcel (celui des Marius et des Manon), ça ne peut pas mieux tomber.
 
C'est dans les petits détails comme ça, que l'on est snob ou pas...

va falloir vous y faire : maintenant que les fleuristes de quartier ont muté en d'aimables jeunes hommes aux tatouages raffinés et à la barbe aussi fleurie que leurs officines, la mode, ses cycles, sa terminologie et son snobisme ont pris également d'assaut mère nature, le végétal étant finalement considéré comme la touche finale d'une déco bien pesée et pensée. y a plus de saison, ma p'tite dame !

06 Avr 2016
Air du temps
05:44