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Divins devins

Vous allez me dire, c'est un peu tard, la riche expo du Quai Branly est finie, partie dans d'autres limbes, elle aurait pu le dire avant, gna, gna, gna.
C'est vrai, mea culpa, et même maxima culpa si ça peut réparer un peu, on en est pas à un peu plus de culpabilité judéo-chrétienne près.
Et justement, plongeons dans une époque où l'indigène précolombien n'avait pas encore aperçu la queue d'un jésuite prosélyte plein d'ardeur et, prions pour lui, de vertu.
 
À travers l'évocation de leur dimension spirituelle, des rites, pratiques et savoirs de ces déités temporelles se dessine toute une organisation sociale, économique et politique dont le chamane est le pivot, sur un millénaire de culture équatorienne préhispanique (et plus précisément les sourcilleux qui iront vérifier sur Wikipedia, les quatre cultures Chorrera, Bahia, Jama-Coaque et Tolita).
 
Vous les apprentis chamanes, qui rêvez de vous transformer en loup de pleine lune, ou en sanglier miyazakien (enfin, je ne recommande pas) à défaut de vous être connecté à des millénaires de culture précolombienne, refaites vous donc un petit visionnage de Princesse Mononoké, le chef d'oeuvre du grand Hayao.
Shintoïsme et animisme sont en effet les deux mamelles auxquelles se sustenter en de telles occasions.
Respect du caractère sacré de la nature, définition de la place de l’homme dans l’univers comme un simple élément d’un grand tout, en perpétuelle métamorphose pour le shintoïsme et pour l'animisme, conviction que tout élément de la nature au sens large est animé d'un souffle vital, d'une âme, que ce soient les animaux, les pierres, le vent, l'eau, les arbres... liste non exhaustive.
À cette conception on ne peut plus écolo de l'environnement et à cette spiritualité on ne peut moins dogmatique au sens occidental de la religion ( ni Église et sa hiérarchie, ni prophète, ni fondateurs, ni Dieu externe à sa création, ni notion de bien et de mal... je signe où ? ) se greffe la croyance en une multitude d'esprits et génies protecteurs (8 millions au bas mot dans le shintoïsme et autant que la nature peut compter d'éléments dans l'animisme, je vous laisse compter).
 
C'est tout pareil chez les cousins andins : interconnexion entre les différents niveaux du cosmos via l'observation de la nature, ses rythmes, ceux de la vie humaine, les éléments constitutifs de l'être humain (physique, mental, émotionnel, spirituel..), imprégnation du pouvoir des animaux sacrés puissants personnifiant les forces de l'autre monde et condensation de cette force spirituelles via une transformation du chamane en divinité temporelle durant les rites.
 
On est loin du délire New Age ou Madame Irma et bien plus proche de la cosmogonie qui vous file le frisson et vous fait réfléchir sur la force ineffable du sacré. Le chamane, gardien, passeur et intercesseur, incarne la cheville ouvrière de mondes qui s'interpénètrent : le céleste, la Terrre Mère, l'inframonde des esprits.
Son rôle de régulateur et d'émissaire de ces trois niveaux se fait à l'aide d'instruments de la pratique quotidienne, rituelle et cérémonielle : instruments de musique, ornements, costumes, masques, statuettes, fétiches, bols et mortiers pour substances hallucinogènes ou purgatives... C'est le docteur John qui aurait été content de voir tous ces artefacts dans un musée.
 
Et pourtant le chamane de tout poil n'est pas une espèce muséale en voie de disparition, qu'on se le dise !
Ce n'est pas Corine Sombrun qui me contredira, cette musicienne et auteure française qui s'est retrouvée à traire les rennes de Mongolie à temps partiel, suite à une invitation des plus péremptoires du chamane du coin (aventure à découvrir dans un de ses ouvrages, "Les tribulation d'une chamane à Paris").
Aujourd'hui, qui plus est, ces héritages se sont transmis, se préservant en s'enrichissant parfois de pratiques religieuses extérieures. Ils nous interpellent plus que jamais sur l'urgente nécessité de reconnection à notre environnement dans une vision holistique de l'univers.
 
Morale de l'histoire, les espagnols aurait dû y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans des explorations hasardeuses et cupides : l'Eldorado n'est pas forcément celui qu'on croit...
 

Musée du Quai Branly
Chamanes et divinités de l'Équateur précolombien
 
218, rue de l'Université. 75007 Paris
Du 16 février au 15 mai 2016

 

c'est quasi un voyage initiatique qu'a proposé le musée du quai branly, avec sa très belle exposition "chamanes et divinités de l'équateur précolombien" (qu'il est trop tard pour aller voir) qui vous permet(tait) de toucher du doigt (mais de loin, ne rigolons pas avec la puissante énergie qui semble se dégager des chefs-d'oeuvre issus des collections des musées nationaux de guayaquil et de quito) le rôle majeur de ceux qui relient le visible à l'invisible et travaillent à ré-harmoniser le quotidien et recréer l'équilibre en toutes choses lorsqu'il est rompu : les chamanes.
 
 
18 Mai 2016
Expositions
03:25